Chez Daphné
un blog pour raconter et surtout partager…

Faites que ma nouvelle ne paraisse jamais…

mai 21st, 2012, par Daphné

 

la chanson d'Aznavour qui m'inspire et me suitIl y a quelques mois déjà, j’ai reçu une commande qui m’a fait sauter de joie : un hebdomadaire de renom m’offrait la chance et le privilège de rédiger un court texte de fiction inspiré par une chanson de Charles Aznavour.

Élevée au rock et à la pop anglophone, je ne suis pas de ceux qui évoquent leur enfance sur fond de Brassens ou Brel. Même le grand Gainsbourg est venu bien après. Non, mon adolescence s’évadait loin d’ici, sautant par dessus la Manche, traversant l’Atlantique. Et lorsque j’ai pris goût aux retours en arrière, les refrains des Beatles rythmaient toutes mes journées… Et la chanson française ? Et Aznavour alors ?

Charles n’était pas là. Non, il n’existait pas. Mais quand le bac en poche, j’ai pris la décision de « vivre de ma musique », quand j’errais tard le soir du haut de mes vingt ans dans les bars enfumés du quartier de la Butte-aux-Cailles, la guitare sur le dos et le cœur gonflé de chansons, il y avait cet air-là, toujours en bruit de fond… On buvait bières sur bières et juste avant minuit, c’est toujours « Chez Gladines » qu’on finissait la nuit, en piquant goulûment du nez dans nos saladiers. Et là, régulièrement, le piano démarrait… On éteignait les lumières et bientôt tout le bar chantait d’une même voix un refrain qui depuis a tracé mon chemin et me donne la force de vivre la vie que j’aime. Celle qui me le rend bien.

Aznavour c’était ça. Bien plus que les chanson, les mots ou la musique. C’était avoir vingt ans, des rêves plein la têtes et cette certitude que oui, on est fait pour ça, que oui, on y arrivera ! J’ai aujourd’hui deux fois cet âge d’insouciance… Mes rêves sont deux fois plus gros et avec eux ma foi a doublé elle aussi. Je ne chante plus guère, les mots le font pour moi, mais plus que jamais je crois que je suis sur la bonne voie, celle qui me ressemble, celle qui ne ment pas. Et lorsque j’ai des doutes, lorsque je peine parfois, j’ai toujours dans la poche une petite boîte à musique qui fredonne la chanson du temps de la Butte-aux-Cailles. Je tourne la manivelle – ou on le fait pour moi – et j’entends de nouveau : « Oui, on y arrivera ! »

Alors vous pensez bien comme je l’ai soignée cette fameuse nouvelle qu’on m’avait commandé ! J’y ai passé des heures, des journées de bonheur à raturer, reprendre pour trouver le ton juste et tenter de décrire, raconter, partager avec vous, avec eux et peut-être, qui sait, avec lui aussi… Oh, quelle jolie manière d’enfin le remercier !

Oui mais voilà, hier, j’apprends que la commande était pour un « frigo », c’est à dire un numéro du célèbre journal qui ne verra le jour que lorsque le grand Charles ne sera plus de ce monde. On me rassure pourtant : « Ta nouvelle paraîtra. Oui, elle sera publiée ». Mais si la condition de cette publication est la disparition de celui qui m’inspire, alors ne vous en déplaise, je préfère espérer, souhaiter de tout mon cœur, que ma petite nouvelle ne paraisse jamais.

Oui pour une fois le miracle serait que mon histoire ne soit jamais publiée.

Publié dans gens, musique

Une réponse

  1. bastien

    C’est le propre des grands d’accepter cette idée (qui fait notre « égalité » -la seule-)…
    et Charles ne croit sûrement pas aux miracles…
    À la lire, un jour comme un autre…

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