Chez Daphné
un blog pour raconter et surtout partager…

Entre Homère et Molière…

janvier 31st, 2012, par Daphné

 

Une inscription en grecHier soir j’ai parlé avec quelqu’un de là-bas. Oh, pas Ithaque, non… Mais sentir le bourdonnement, le tumulte d’Athènes, c’était si doux déjà ! « Tu n’as rien perdu de ton grec », me dit affectueusement la voix au téléphone. Et comment le perdrai-je ? Il est une partie de moi… Ce serait comme de perdre une jambe ou un bras.

En raccrochant plus tard, j’avais comme l’impression d’avoir soudain retrouvé un instrument de musique dont je n’aurais pas joué depuis des mois. On croit qu’on a perdu les gestes, les réflexes et qu’il faudrait du temps aux muscles pour se détendre. Mais non, tout était là. Inchangé, naturel, comme si j’étais là-bas, que je me réveillais en pensant : καλημέρα !

On dira qu’à Paris, depuis mon plus jeune âge, j’ai toujours employé le grec à la maison. Mais ma langue d’ici et celle de là-bas ne sont pas vraiment les mêmes. Tout comme la musique, certains mots ont besoin d’air.

Comme j’ai aimé hier sentir le langage libre, frais, aérien comme le vent d’Ithaque ! Et comme c’était doux d’ainsi se laisser faire, de devenir soi-même l’outil, le médiateur dont les mots se servaient pour dire, raconter !

Je souris en pensant que la première chose qui m’a manqué en Grèce, c’était de ne jamais m’exprimer en français. La langue de Molière, je la traçais seulement. Je ne la parlais plus. Et petit à petit, elle est devenu celle de l’écrit, du roman, d’un monde parallèle où tout était à faire, où tout se construisait au gré de mes envies.

Grâce à vous cette langue, je la retrouve ici.

Publié dans lieux, livres

3 Réponses

  1. tnsp?

    C’est un poème de Kavafis (Cavafy, pour les Français) moins connu qu’ »Ithaque » qui convient parfaitement à ton texte de ce matin:
    Ποσειδωνιαστες = Gens de Posidonia
    La langue grecque, les gens de Posidonia finirent/ Par l’oublier, tant de siècles mêlés/ Aux Tyrrhéniens, aux Latins et autres étrangers/ Le seul vestige qui demeurait/ Etait une fête grecque avec de belles cérémonies,/Des lyres, des flûtes, des joutes et des couronnes./ A la fin de la fête, ils avaient l’habitude/ De se raconter leurs anciennes coutumes/ De prononcer à nouveau des noms grecs/ Que seuls quelqu-uns pouvaient comprendre encore./ Et leur fête s’achevait dans la mélancolie/ Car ils se souvenaient d’avoir été des Grecs,/ Des Italiotes aussi pendant un temps./ A présent, comment en sont-ils arrivés/ A vivre, à parler en barbares/ Et à s’être arrachés – horreur! – à l’hellénisme?
    (Alexandrie 1906, trad. J. Lacarrière)

  2. grigou solaire

    entre Homère et Molière oui, et υπό το σημάδι του Απόλλωνα :)

    http://www.youtube.com/watch?v=eoFIQyjzzUE

    http://www.youtube.com/watch?v=zVhD_6ZtFuQ

  3. Pr Stéphane Feye

    A LIRE ABSOLUMENT !

    « Questions Homériques ». Un recueil de presque 1200 pages de commentaires les plus intéressants sur l’œuvre d’Homère, principalement orientés vers le sens physique et théologique de ses poèmes.

    Des commentaires tout à fait inédits, et aussi variés que les époques dont ils sont issus, Cornutus, Héraclite, Plutarque, Porphyre ou Proclus le Diadoque, Eustathe, Tzetzès, Matthieu d’Éphèse, Christophe Cantoléon, Hypolite de Rome, et Michel Psellos, sans oublier l’exégèse alchimiques avec P. le Bon, O. Borrichius, J. Bracesco, L. Cattiaux, J. Chartier, J. Chrysippe Fanien, A. Cnoeffel, C. Della Riviera, J. Dorat, R. Duval, J. d’Espagnet, Fabre du Bosquet, Géber, Claude Germain, Th. De Hoghelande, J. Isaac de Hollande, Frère Homerus, G. Johnson, D. Lagneau, H. de Lintaut, Pseudo-R. Lulle, M. Maïer, G. Mennens, J. De Monte-Snyder, Orthelius, Pantaléon, Paracelse, A.-j. Pernety, J. Pic de la Mirandole, J. Reuchlin, Servius, J. De Sponde, B. Valentin, Th. Vaughan, B. de Vigenère, Denis Zachaire et Emmanuel d’Hooghvorst.

    » En empruntant à Porphyre, pour intituler ce florilège, l’expression « questions homériques », nous entendons lui rendre son titre de noblesse. Il ne s’agit pas tant de savoir si l’Iliade et l’Odyssée sont l’œuvre d’un seul poète ou de plusieurs, ni si le nom d’Homère s’applique à un personnage historiquement existant ou non, que de percevoir l’intention de l’auteur dans tel vers ou tel passage. »

    Traduction de Hans van Kasteel, éminent philologue et spécialiste en langues anciennes.

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