Chez Daphné
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Seize ans et des poussières

octobre 6th, 2011, par Daphné

 

Seize ans et des poussièresLa porte s’ouvre doucement sur une mine impassible et un regard fuyant. Je prends le contre-pied : « Bonsoir, je viens pour le cours de français. Moi c’est Daphné. » pas de réponse. Un geste de la main m’invite à entrer. « Ça va ? Pas trop fatigué ? » Silence.

Julien a seize ans et des poussières. Sa mère m’a contactée par le biais d’un organisme car malgré sa moyenne, il manque de méthode. Et de motivation. Et puis à part le sport et Facebook, rien ne semble l’intéresser. Et surtout pas le français. « Vous comprenez, il y a le bac cette année… Il faut le recadrer, le secouer un peu. Oh, il est intelligent mais je ne sais pas ce qu’il a… » J’ai envie de répondre : Ce que Julien a ? Seize ans et des poussières.

J’essaye de poser des questions pour trouver une entrée dans ce monde fragile : « Comment ça se passe en classe ? » « Qu’est-ce que tu aimes comme livres ? » « Ah bon, tu ne lis pas…? » Le dialogue inégal se poursuit peu à peu et je sens que la porte s’entrebâille doucement. Au détour d’une phrase, je demande, innocente : « Et toi, tu crois en quoi ? » Silence. Un vague « chais pas… » Je souris : « A ton âge, tu crois en l’avenir déjà ! » Le visage se redresse et les yeux sombres se posent sur un coin du poster affiché devant nous. Puis sans me regarder, comme sorti d’un poème : « Ce serait mentir de dire que je crois en l’avenir »

Sur le chemin du retour, je repense à une phrase célèbre de Truffaut : L’adolescence ne laisse un bon souvenir qu’aux adultes ayant mauvaise mémoire. Je me revois à seize ans, les cheveux en pétard dans ma chambre d’enfant. Je lisais des poèmes, je dévorais les livres. Et les mots me disaient qu’il restait quelque chose, toujours, là devant. Et qu’il fallait tenir bon…

Publié dans gens, instants

2 Réponses

  1. grigou tendre

    .
    (à une jeune fille)

    Vous n’aurez qu’une fois seize ans
    Profitez-en profitez-en
    Car quand vous viendront les quarante
    Ils dureront jusqu’à cinquante

    Toutes les dames que je chante
    Comptent quarante jusqu’à cent ^^

  2. N.

    et bien moi, qui avait les cheveux plutôt en pétard et l’esprit aussi, j’ai un super souvenir de mon adolescente pleine de désordre…
    s’il fallait refaire, je signe…
    et ne change rien…
    et j’ai une bonne mémoire…
    c’est l’instant où l’on est le plus vrai : tellement dans le rien, le vide et l’envie…
    que du désir…
    et dans ce plaisir immédiat qu’il faut prendre, conquérir; pour tout découvrir (il faut ensuite tenter de faire mieux)…
    Mais/et quelle liberté…

    les ados malheureux ont de mauvais parents…

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