Chez Daphné
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Les courses à Ithaque

août 30th, 2011, par Daphné

 

IthaqueNotre maison était juchée à flanc de colline, dans un petit village qui n’avait pour tout commerce qu’une modeste taverne qui, dès le mois de septembre, ne servait que le samedi. Et puis un minuscule magasin-bureau de poste où l’on pouvait trouver quelques produits de première nécessité.

Le reste, c’était au port, à peine quelques kilomètres… qu’il fallait faire à pied. Une heure pour la descente, bien plus pour la montée.

Pour aller faire nos courses, on prenait des sacs à dos qu’on remplissait à raz bord avant de remonter. On commençait alors, la longue et lente ascension, le dos un peu courbés, un sac en plastique dans chaque main, guettant le moindre son, le moindre bruit de moteur qui annoncerait peut-être l’arrivée d’une voiture. Et on tendait le pouce.

Un soir nous avons tardé jusqu’à la fermeture du supermarché. Dehors, il faisait nuit et plus nous avancions, plus nos chances de rencontrer le moindre véhicule diminuaient. Nous avons fait ce jour-là toute la montée à pieds. Presque deux heures de marche, tout doucement, siga-siga, faisant parfois une pause pour changer les sacs de main et puis lever le nez vers un ciel plein d’étoiles. Tout était silencieux et la plupart du temps, la longue route goudronnée n’était pas éclairée. On était fatigués, nos bras nous faisaient mal. Et la route paraissait sans fin.

- Dire que dans quelques années on fera nos courses en voiture, dans un  hypermarché…, ai-je commencé.
- … dans une banlieue grise en bordure de la ville.
- Et on se lamentera de ne pas trouver de place…
- …ou de s’être garés trop loin !

On s’est souris dans le noir, on a reprit nos sacs. Et le poids sur mon dos m’a paru plus léger.

Publié dans instants, lieux

4 Réponses

  1. N.

    merci…
    belle ode à ne pas passer son permis…
    la voiture individuelle a été un des débuts de la fin; ont suivi télé, supermarché, portable et autres..

  2. Mary

    Bravo et merci pour ces descriptions non seulement du paysage et de la situation, mais aussi pour les pensees attendrissantes – et vraies, tout compte fait..-
    Bonne continuation, Daphne
    PS – Vous habitez dans quelle banlieu triste ?…

  3. Augier Jean-Luc

    …peut-être me serais-je débrouillé à la mode 2 roues…en quêtant une vieille vespa pour les « grosses courses » ?
    Mais les pétarades de la belle essouflée ( la vespa!) auraient fait tache dans les raidillons de Perahori , surtout sous les reflets de la voie lactée !

  4. Daphné

    Hum… Je vois bien que finalement, il va falloir que je lâche quelques indices sur ma vie sur l’île d’Ulysse… ;)

    PS1 : A deux sur le 2 roues (à 4 avec les courses), c’était un peu risqué !

    PP2 : Je suis encore « en transit », entre départ et arrivée. J’ai donc la chance, pour le moment, de n’habiter aucune banlieue triste.

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