Chez Daphné
un blog pour raconter et surtout partager…

Jouons (encore) un peu…

août 22nd, 2011, par Daphné

 

Jeux de hasard...A tous ceux qui ont participé activement à ce blog la semaine dernière, un petit texte tiré de vos pages 56…

(NB : Pour les lecteurs qui auraient pris la partie en cours, vous pouvez aller consulter les règles du jeu en cliquant ici)

 

 

Saint-Cantecys s’était installé à la cinquième rangée, un peu en retrait.
- C’est la première fois que vous assistez à une répétition? dit Pierre
Il allait répondre, mais il s’aperçut bientôt que le metteur en scène ne le regardait même pas. Lui tournant presque le dos et sans attendre de réponse, il s’adressait maintenant aux comédiens :
- Allez, recommencez une autre fois.

Saint-Cantecys se tourna à son tour et balaya la scène d’un regard un peu distrait : L’éclairage révélait à peine les différents éléments de la scénographie qui, hors contexte, eut semblé tout à fait déplacée. On apercevait des formes dispersées ça et là parmi les personnages et un tapis de mousse couvrait le sol alentour. « Le charme du lieu, se dit-il – et du tableau – tient uniquement à l’harmonieuse unité des ruines, de la nature, des activités humaines, à une sorte de bienheureuse nonchalance. » Et il sourit en silence de cette pensée qu’il avait si bien formulée.

C’est quand il s’enfonça un peu plus dans le fauteuil de velours que soudain, la chose revint. C’était comme un élan, une sorte d’appel presque incontrôlable qui le poussait sur la scène, une pulsion presque comparable à un désir sexuel. Ce n’était pas la première fois qu’il ressentait une telle excitation devant un spectacle. Petit déjà, il avait bien failli sauter sur la piste d’un cirque ambulant. Mais avec l’âge, ces « crises » prenaient de l’ampleur. « Ce n’est rien, se dit-il en fermant les yeux et en prenant une bouffée d’air, ce n’est rien… Et d’ailleurs, Maman m’avait un jour rassuré : « tu as de mauvaises impulsions ? mais mon petit, c’est tout à fait normal. » »
Il agrippa les accoudoirs du fauteuil et ferma doucement les yeux. Aspirant de grandes bouffées d’air, il essayait de se concentrer sur les voix des comédiens :
- En 2009, le Mexique a été contraint d’importer du mais subventionné du Nord, en provenance des États Unis, alors qu’auparavant le pays était exportateur…
- Mais ces démarches ne sont pas à la portée de tous !

« Quelle drôle de texte, se dit Saint-Cantecys. Je me demande bien qui a pu écrire la pièce… Les dialogues semblent complètement décousus. » Mais peut-être que c’était lui qui les recevait ainsi, peut-être que son cerveau, baigné de désir, ne percevait plus que des bribes de la réalité. Ou alors… Peut-être qu’il dormait. Oui, dormir… C’était souvent la solution. Il essaya de ne plus penser à rien et de s’imaginer dans un décor rassurant, un décor familier. Et bientôt il quitte le théâtre, la pièce, la ville et le pays même. Il est loin. Là où il se sent au plus près de ses racines africaines, il ouvre alors « O p’tit bonheur » sur la plage de Madirokely. Et il s’apprête à lire la cinquième ligne de la page cinquante-six…
- Quel genre d’habits portait-on à New York ?
- Hein ?

Saint-Cantecys sursauta. C’était la voix de Pierre. Il se releva dans son fauteuil mais s’aperçut vite que cette question s’adressait de nouveau à la troupe. Ils étaient maintenant en train d’essayer des costumes et certains comédiens s’accordaient une pause, assis sur le bord de la scène. On entendait leurs bavardages :
- Tu sais, si le service de gardes du corps, proposé en option, est un tantinet excessif, il illustre l’ambiance nocturne et discrètement branchée du Centrale, lieu de rendez-vous de la jet-set à Venise.

Saint-Cantecys rit intérieurement : Même lorsqu’ils se racontaient leurs vacances, ces acteurs ne pouvaient pas s’empêcher de surjouer ! Sur le côté, près des coulisses, un jeune premier évoquait sa dernière représentation, quelque part dans un château privé :
- La deuxième étape fut marquée par l’arrivée des propriétaires: il nous fallut donc fournir un travail assez dur…

Bientôt, toutes ces voix n’étaient plus qu’un bourdonnement et Saint-Cantecys referma les paupières. « Oui, se dit-il, on dirait des insectes agglutinés là-haut… » Et il se rappela de nouveau ce documentaire qu’il avait vu il y a des années et qui, pourtant, l’avait tant marqué. Tellement qu’il en récitait parfois la phrase de conclusion : Il dépend donc de la reine qu’il y ait ou n’y ait pas de faux bourdons. Pour lui, c’était comme une formule magique, une énigme dans laquelle se trouvait tous les secrets de son enfance.

« C’est curieux, se mit-il à penser, parfois, on dirait que tous les dialogues de la Terre ne s’adressent qu’à moi. Et seulement moi. Comme si je devais, comme une éponge, absorber toute la réalité. Mais pour quoi faire…? » Il s’enfonça de nouveau dans le siège en se laissant bercer par le flux de ses pensées. Et il s’endormit.

C’est à ce moment là que Pierre se retourna et, prenant son bloc-notes, nota les paroles pleine de sommeil qui s’échappaient de la bouche entrouverte : « Je ne suis qu’un rêveur et je n’ai qu’un désir : Dire ce que je rêve » Oui, ça ferait un bon début pour une prochaine pièce…

PS : J’ai un peu triché en laissant de côté les phrases en anglais. Sorrys guys…!

Publié dans instants, livres

Une réponse

  1. Ma Si Sylvia!!!

    Charming, un ptit côté pap
    ous dans la tête;)

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